01 février 2005

Poême Viking

J'avais quinze ans. La cabane que j'habitais avec ma mère sur les côtes de Norvège me parut étroite. Je gardais mes chèvres tout le jour. Le temps me parut long. Mon esprit changea et mes idées aussi. Je révais, je pensais à je ne sais quoi, mais je n'étais plus comme autrefois, joyeux dans la forêt.
Alors, je m'élançais avec impétuosité au sommet des montagnes. Je regardais vers le vaste océan et il me semblait entendre les vagues chanter un chant si doux !
Les vagues qui se précipitent dans la mer écumante viennent d'une terre lointaine. Aucune chaîne ne les retient. Elle ne connaissent aucun lien.

Un matin, debout sur la rive, j'aperçu un vaisseau. Il s'élança dans la baie comme une flêche. Mon âme tréssaillit, ma pensée s'enflamma. Je savais d'où venais ma fatigue. Je quittais ma mère et mes chèvres et le Viking m'emporta sur un vaisseau à travers l'océan.

Le vent soufflait avec force dans les voiles et nous fuyions sur le dos des vagues. La pointe des montagnes s'efface dans une teinte bleuâtre ; moi, je me sens le coeur si joyeux, si ferme. Je porte dans la main l'épée rouillée de mon père et je jure de conquérir un royaume sur la mer.

A seize ans, je tuais le Vikings qui m'appelait homme imberbe et sans force. Je devins roi de la mer. Je m'élançais sur les vagues au milieu des combats sanglants. Je descendis à terre, je pris des forteresses, des châteaux et mes compagnons et moi nous tirâmes les dépouilles au sort. Dans notre corne nous buvions le miöd à longs traits sur les flots orageux.
Du seins des vagues, nous régnions sur chaque côte. Je me choisis une jeune fille dans le Pays de Galles. Elle pleura trois jours, puis elle se consola et notre mariage fut célébré joyeusement sur la mer.
Une fois aussi j'eus des terres, des bourgades. Je vidais ma coupe sur leurs toits enfumés. Je gouvernais les riches et le peuple. Je dormis sous un verrou entre des murailles. C'était pendant l'hiver ; le temps me parut long et quoique je fusses roi, la terre me semblait étroite quand je songeais à l'océan.

Je ne faisais rien. Mais si l'on me parlait d'un homme sans appui, jusqu'à ce que je l'eusse secouru, je n'avais plus de repos. Il fallait que je fusse comme un rempart autour de la maison du paysan, comme une serrure sur le sac du mendiant.
Mais j'étais las des amendes , des vols et des meurtres. Et je me disais ; Que ne suis-je loin d'ici sur l'océan !
Ainsi, je disais, et le long hiver passa.
L'anémone reparut sur le rivage. Les vagues chantaient leur chant de joie et ce chant disait : A la mer, à la mer !
La brise du printemps souffla sur la colline, dans la vallée et les torrents affranchis se précipitèrent dans l'océan.

Alors, je repris mon existence d'autrefois. Je dispersais mon or dans les villes, sur le sol. Je jetais ma couronne par terre et, pauvre comme auparavant, avec mon navire et mon épée, je m'en allai au devant d'un but inconnu.

Libres commes le vent, nous courions au loin sur les flots écumeux. En abordant aux côtes étrangères, nous trouvions des hommes qui vivaient et mourraient à la même place, uniquement préoccupés du soin de s'établir dans une demeure : De tels soucis n'atteignent point le Viking sur mer.

Au milieu des combattants, j'allais de nouveau épier l'approche du navire dans un azur lointain. Si c'était un vaisseau de guerriers, le sang devait couler ; la victoire sanglante est digne du brave et pour le Viking, les liens de l'amitié se nouent avec l'épée.
Si c'était un vaisseau de marchand, il pouvait s'éloigner. Mais la protection que accordes à sa faiblesse mérite le tribut.
Tu es roi sur la vague, il est l'esclave de son trafic. Ton acier vaut bien son or.

Si dans le jour je restait debout sur mon vaisseau, tout mon avenir, tout le temps que je devais passer sur les vagues orageuses me semblait aussi calme que le cygne sur un lac limpide. Tout ce que rencontrais sur ma route était à moi et mon espoir était libre comme l'espace sans borne.
Mais si c'était la nuit, au milieu des vagues solitaires, j'entendais les Nornes tourner leurs fuseaux dans l'orage, au bord de l'abîme. Capricieuse comme les vagues est la destinée des hommes. Le mieux est de se sentir préparé à celle que la mer nous garde.

J'ai trente ans ; la mort viendra bientôt. La mer a soif de mon sang ; elle l'a bu tout chaud à la suite des combats. Bientôt ce coeur ardent, qui bat encore si vite, dormira dans le froid tombeau des vagues.
Pourtant, je ne regrette pas d'avoir si peu vécu. Ma vie fut courte mais bien remplie. On n'arrive pas par un seul chemin à la demeure des dieux et le meilleur est d'y arriver promptement. La mer chante mon chant de mort.
J'ai vécu sur les ondes ; je serai enseveli dans les ondes.

Posté par Witukind à 23:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Poême Viking

Nouveau commentaire